Chronique d'une matinée historique

photo Stephan BARBIER, Midi Libre
photo Stephan BARBIER, Midi Libre

Quelle étrange sensation, celle de se réveiller en ayant la certitude que l’on va vivre un moment historique ! Il y avait pourtant le proverbe "Corrida de expectación"... et la suite, que par superstition personne n’a osé prononcer avant dimanche.

Mais depuis la nuit du 3 juin, date où Mundotoro avait lancé la rumeur, on attendait en comptant les jours : Arènes de Nîmes, José Tomás, seul contre six toros. Corrida de expectación…

 

Le jour J enfin ! Arrivée à 9h30 dans les arènes, j’ai rejoint les centaines de Josétomasistes déjà installés. Ces fous qui, comme moi, n’auraient raté cela pour rien au monde. Deux heures durant, les gradins vont se remplir et la tension va monter. 11h29, les arènes sont pleines à craquer. Des aficionados du monde entier, français, mexicains, italiens, des espagnols bien entendu…et des catalans (une poignée d’intégristes leur a peut-être pris leurs corridas mais pas leur aficion !).

 

11h30. 13 000 personnes retiennent leur souffle et José Tomás s’avance sur le sable.

Ce qui va suivre appartient à une autre dimension. Un moment unique, qui dépasse tout ce que l’on aurait pu imaginer. Car José Tomás ne torée pas… il ensorcèle les toros, ils ne les tuent pas, ils les foudroient. Et ce, six fois de suite. Le torero a été ce dimanche, plus que jamais, au sommet de son art. Tout en lui est sobriété, élégance, pureté. Il n’y a pas de fioritures, de gomina dans les cheveux, d’espagnolade. Même les quites mexicains, qui réalisés par n’importe quelle figura prennent des airs de folklore, sont empreints d’une pureté inégalable entre les mains de José Tomás. Il a la force d’un géant et son capote à la douceur de la soie.

 

José Tomás le sorcier de Galapagar a un don. Le don de comprendre le toro au premier coup d’œil. Il l’aspire et s’impose à lui sans violence. C’est magique. Il se l’enroule autour de lui dans deux centimètres carrés, comme s'il lui chuchotait un secret. Cela doit être ça, José Tomás parle aux toros dans une langue connue de lui seul… On était trop haut, on n’a pas entendu. On a juste vu, tremblé, frissonné, ri et pleuré.

 

Onze oreilles et une queue, un indulto. C’est trop, ce n’est pas assez… peu importe ! Ca, ce sont des chiffres. Et la magie n’a que faire de la statistique.

 

14h15, 13 000 personnes quittent les arènes avec l’impression d’avoir rêvé le toreo parfait.

 

Aujourd’hui, lundi, l’évènement historique à fait les gros titres de la presse espagnole. Et les 13 000 personnes présentes y ont pensé toute la journée. Qu’il est difficile de revenir à la réalité après avoir était témoin d’un instant de grâce, et ce, six fois de suite ! Une corrida qui restera dans l’histoire de la tauromachie et dans nos mémoires d’aficionados ensorcelés ce matin de septembre, par un homme mi-dieu mi-torero.

 

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